couleurs de JACOBS et LUCE DANIELS
En 1986, de nouvelles couleurs du Mystère de la Grande Pyramide sont préparées par Luce Daniels (créditée comme coloriste) pour la ré-édition de cette aventure en format géant aux éditions Dargaud. C'est la mise en couleurs des éditions courantes actuellement.
Quand on sait le soin porté par Jacobs à ses mises en couleurs, et la sophistication du système qu'il a cherché à mettre en place, ça n'est pas anodin. Pour ma part, je préfère souvent les éditions plus anciennes, mais les films étaient paraît-il en si mauvais état qu'il fallait tout refaire à cette époque. Jacobs était encore vivant et Philippe Biermé apportait les mises en couleurs à Jacobs qui les approuvait ou demandait des corrections. Je suppose que les nouvelles couleurs de la Grande Pyramide sont parmi les dernières qu'il a pu voir avant son décès en 87.
Sur l'exemplaire que je vous présente aujourd'hui, une petite main a pris la consigne qu'il fallait que les costumes soient dans un blanc cassé. D'ailleurs, le résultat est très fidèle à la colorisation de l'édition précédente.
J'ai choisi cette planche couleurs pour 3 raisons :
- c'est une planche d'exposition du contexte qui sous-tendra toute l'intrigue de cette aventure. Elle est bourrée de texte et d'informations. On y passe un sacré moment lorsqu'il faut la lire. Du coup, elle m'a marqué.
- elle a marqué aussi Benoît Peeters qui la cite en exemple dans son ouvrage, "Case Planche Récit/ Comment lire une Bande Dessinée", pour illustrer la recherche de symétrie de Jacobs qui le conduit à considérer la planche de façon globale, et qui conduit Peeters à classer ce modèle en "planche décorative" (par opposition aux "planches rhétoriques", dont la taille des cases dépend de ce qu'on a à y mettre dedans, des contraintes de l'action).
- elle est à nouveau évoquée par Renaud CHAVANNE dans "Edgar P Jacobs et le secret de l'explosion", excellent bouquin qui analyse le découpage particulier des strips et planches de Jacobs au fil de ses albums. Pages 178 à 182 de ce livre, Renaud Chavanne évoque cette planche, et revient sur l'analyse de Peeters.
De la même (grande) dimension que la planche originale (31x40), cette mise en couleurs à la gouache accentue la symétrie de la composition avec une ouverture et une conclusion sur un extérieur nuit.
Les cases 2 et 9 font le relais avec les intérieurs, avec le chauffeur dans des positions en miroir.
Enfin, de manière anecdotique, c'est une des rares planches de Jacobs qui fait apparaître quelques femmes, à l'arrière plan. Selon le récent témoignage de Viviane Quittelier , la petite fille par alliance de Jacobs, Jacobs lui aurait confié qu'il s'agit en fait de Mesdames "Hergé" et "Jacobs" en personnes.